Les écrans ont envahi la vie de nos enfants (tablettes, smartphones, consoles de jeux, ordinateurs, télévision…). A l’heure du dé-confinement, soyons vigilants à permettre à nos enfants de sortir de l’enfermement derrière les écrans.

 

Écran signifie : « tout objet interposé qui dissimule ou protège ». Qu’est-ce que nos écrans dissimulent ? De quoi nous « protègent »-ils ?

 

Est-ce que les écrans ne nous couperaient pas les uns des autres, en nous privant d’un partage physique réel ?

 

 

Quel est le diagnostic des conséquences des écrans sur les enfants ?

 

Sabine Duflo psychologue clinicienne et thérapeute familiale observe depuis des années sur le terrain que l’usage intensif de la tablette interactive génère chez les enfants :

 

  1. Augmente les troubles de l’attention
  2. Retarde l’émergence du langage
  3. Entrave la construction du principe de causalité et des premières notions de temps
  4. Altère le développement de la motricité fine et globale
  5. Nuit à une socialisation adaptée

 

« Nous observons une exposition croissante des enfants aux écrans – souvent plus de la moitié de leur temps d’éveil – et nous découvrons que le retrait ou la diminution drastique de ce temps d’exposition, avec un accompagnement parental fort, produit des changements incroyables. [Sabine Duflo] voit des enfants présentant un diagnostic de TSA (troubles du spectre autistique) sortir de leur bulle en quelques semaine seulement. Des enfants diagnostiqués TDHA (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) qui s’apaisent sans traitement médicamenteux. » (2)

 

Ces diagnostics convergent avec l’alerte lancé par Pierre Lassalle, dans son livre sur la construction de l’individu selon les tranches d’âges, au sujet des « ravages que l’enseignement sur ordinateur peut causer : personnalité artificielle et superficielle, perte totale de liberté, corps physique sclérosé et fragilisé -notamment au niveau du système immunitaire, de la vue et du larynx -, froideur du sentiment et de la sensibilité,etc. » (3)

 

 

Qu’est qui est détourné par les écrans ?

 

En pêle-mêle : l’attention, la concentration, l’écoute de notre vie intérieure, la capacité à chercher par soi-même, à créer, à solutionner, la disponibilité pleine et entière à l’autre…

« Les écrans sont hypnotiques pour les enfants » et les programmes pour tout-petits « sont truffés d’effets formels saillants : variations sonores, flashs visuels, changements de plans, multiplications des angles de vues, sons aigus, enchevêtrement rapide des séquences narratives, etc. »(2)

Cet effet hypnotique a de nombreuses implications :

– Cela immobilise les enfants,

– Ils ne prennent plus de risques,

– Ils n’expérimentent, ne partent plus à la découverte de leur environnement

– Les écrans peuvent être envisagés comme une sorte de « babysitters »

 

Sabine Duflo différencie l’attention volontaire qui permet de se focaliser sur une activité et l’attention réflexe qui est stimulée par les écrans. C’est l’attention volontaire qui permet de se construire, d’apprendre…

Comprendre le processus de concentration est essentiel car « se concentrer consiste à faire monter sa volonté dans sa pensée » précise Pierre Lassalle (3) ce qui permet ensuite de donner une direction à son action en permettant «une descente de la pensée (avec l’image du but) dans sa volonté ».

Autrement dit : se concentrer demande un choix volontaire fort afin de poser son attention sur un sujet précis, puis cela nous permet ensuite d’agir conformément à ce que l’on veut en s’y impliquant.

Si nous laissons un enfant à lui-même va-t-il choisir de lire un livre, de pratiquer un art, un sport, de dormir quand son organisme en a besoin ou de s’immobiliser passivement devant un écran ? Arrivons-nous en tant qu’adulte à résister à regarder un écran et ses notifications ? Comment un enfant laissé à lui-même pourrait se protéger de cet « ensorcellement des écrans » ?

Nous pourrions aussi dire comme le spécifie l’auteur dans son livre  sur les rythmes de construction de l’enfant (3) que « face à l’ordinateur, [ou un écran] l’enfant ou l’adulte ne bouge pas, il reste quasiment immobile, tandis que sa pensée est considérablement sollicitée par les images produites par la machine. Il en résulte que l’énergie volontaire a tendance à stagner, pendant que la pensée s’envole et s’excite. Ainsi, l’enfant ou l’adulte se trouve dans une tension intérieure extrême, où la volonté devient inerte, alors que la pensée s’emballe. Ceci prédispose à la dé-corporation (le fait de quitter son corps), accentuée par le déplacement virtuel (l’individu est à Paris et il visite un musée situé à New York, ou communique avec des Australiens !), et produit le même effet qu’une drogue. »

Au final « l’ordinateur empêche le petit de vivre les expériences dont il a fondamentalement besoin à son âge : celles du corps physique »(3).

 

De quoi notre attention est-elle détournée ?

 

Et bien, de nous-même, des autres, de notre créativité, de notre solitude, de notre réflexion individuelle…

Hors ces moments de solitude, d’ennui sont un terreau fertile pour chercher en soi des idées nouvelles, laisser émerger son imaginaire, trouver des solutions, chercher en soi l’inspiration, la naissance d’un appel qui nous est propre.

Aujourd’hui nous sommes dans une économie de l’attention, qui est la base du fonctionnement des réseaux sociaux et de beaucoup de sites qui gagnent de l’argent en fonction du temps d’attention qu’ils prennent aux individus (aux enfants y compris).

Les premières « Assises de l’attention » ont eu lieu en début d’année 2020 afin de mettre sur la place publique le sujet de protéger notre attention face aux dangers des écrans. Elles ont été co-organisées par une douzaine d’associations œuvrant dans ce domaine. Les prochaines sont prévues pour le mois de mai 2021 prochain. A vos calendriers !

Tellement d’heures par jour sont dévorées par les écrans – de 3h à 7h voire plus, selon les âges des enfants – dont la très large majorité le sont par des activités récréatives, de divertissement comme le précise Michel Desmurget, chercheur en neuroscience (1). Si nous regardons le sens du mot divertissement, il provient de « détournement ».

Dans le processus pour faire aboutir un projet (comme une cabane par exemple), il y a des étapes phares à vivre. Le premier seuil à dépasser est de se lancer dans l’aventure et de ne pas se laisser distraire par autre chose, ou se laisser avoir par le manque de courage. Dans son ouvrage l’Aventure Héroïque, Pierre Lassalle présente 12 étapes structurant la réalisation d’un projet (4).

Une fois que le seuil de la dissuasion est dépassé cela permet de recevoir des aides extérieures (solutions, alliés…) puis dans le cœur du projet, il y a les tentations extérieures pour attirer l’attention ailleurs.

C’est justement là que les écrans jouent une de leurs cartes destructrices en coupant l’enfant dans ses efforts pour mener à bien son projet et lui donne à profusion des activités récréatives. Il n’y a que deux lettres mais tellement de différences entre les deux mots : créative et récréative !

Les sirènes de la facilité ont ici un effet démultiplicateur dû au jeune âge de l’enfant, son manque de maturité, de force de caractère qu’il n’a pas eu le temps de construire par manque de concentration sur un objectif précis, avec persévérance. C’est une qualité que le sport ou une activité artistique demande et donc peut amener à un enfant. Michel Desmurget relate que les études montrent que le temps passé sur les écrans l’est au détriment des activités artistiques ou sportives justement (1).

Laissons nos enfants s’ennuyer ! Derrière ces moments de « vides » peut naître un vrai élan inventif, libre et créateur.

 

article écrit par Céline Cazé

Bibliographie :

Vidéos :

 

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1 Commentaire

  1. Virginie Lefranc

    Je vous remercie pour cet article. Très intéressant. J’invite à le lire et à le partager

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