eDring Dring c’est aussi une communauté de gens qui vivent sans portable à travers le monde entier. Et cela pour des raisons diverses propre à chacun. Nous leur donnons la parole librement sur notre blog et chacun d’entre vous peut nous envoyer son expérience sur la page “Témoignage”.

Ici un témoignage sans filtre reçu de la part de Laurence.

Welcome to the Matrix Néo.

En l’espace de quelques années seulement, on a suscité chez les gens des besoins tellement impérieux et compulsifs par un matraquage subtil digne des pires campagnes publicitaires que tout ce champ infini de possibilités mirobolantes à portée de main a transformé nos concitoyen.ne.s en troupeaux de moutons obnubilés par un petit écran et qui se sont rendu.e.s corps et âme à leur addiction. Si seulement tout le monde était en mesure de faire un usage raisonné de ce maudit portable, on en arriverait peut-être à le rétrograder au rang d’outil, mais c’est loin d’être le cas pour la grande majorité d’entre nous : trop nombreux sont ceux et celles qui sont contaminé.e.s et le considèrent comme indispensable dorénavant. C’est monstrueux de manipuler ainsi les gens. C’est encore bien pire que ce qu’avait imaginé Orwell, c’est Brazil, c’est, à long terme… l’enfer sur terre !

La révolution numérique a des répercussions d’une ampleur bien plus vaste que la révolution industrielle car elle nous mène petit à petit vers un contrôle total, une dictature d’un tout nouveau genre et un changement en profondeur de notre comportement individuel et social. 

Anticonformisme

Vous me demandez pourquoi je ne me suis pas embarquée dans cette expédition du portable à tout va ?

Difficile de vous répondre, je ne sais plus, mais cela m’interpelle. Peut-être que je n’en ai pas vu l’utilité et que je n’en avais pas l’usage : c’était pour moi comme un gadget, un joujou pour adultes. Peut-être que mon éducation y est aussi pour quelque chose. Lorsque j’étais jeune et que je regardais avec envie ce qui était à la mode et que portaient les autres au lycée, ma mère me le refusait systématiquement : « Tout le monde en a, tout le monde en porte, tu n’en auras pas. » Je ne sais pas si elle voulait faire de moi quelqu’un qui sorte du lot, en tout cas, j’étais très souvent fâchée contre elle parce que je ne voulais pas moi, sortir du lot, je voulais me fondre dedans, légitime besoin des ados. Et cela ne signifie aucunement que, plus tard, je n’ai jamais été un gogo se faisant avoir par modes et tendances. J’ai parfois flanché, je l’avoue ! Mais finalement, c’est elle qui a gagné, on dirait bien que c’est passé dans les gènes, je n’ai pas eu envie de rentrer vraiment dans le rang, mais plutôt de nager à contre-courant. Donc un portable, tout le monde en a un, moi pas.

 

Manque d’intérêt

Mais je pourrais aussi dire que mon aversion pour la technique y est sûrement pour quelque chose. Je suis une femme démodée qui a horreur de tout ce qu’on aurait encore pu, à l’époque de ma scolarité (j’ai 62 ans), qualifiée de masculine. Demandez-moi de faire un gâteau ou la cuisine, ça me va très bien ! Cela ne me pose absolument aucun problème. Réparer un vélo, ouille, là, ça pose problème ! Alors que ce serait vraiment très pratique de savoir comment fonctionne le mien. Ce serait un pas vers l’autonomie, vers la résilience. Mais pour dire vrai, ça ne m’intéresse pas le moins du monde, ça m’embête plutôt qu’autre chose. Et il y a des gens qui savent faire ça si bien !

 

Encombrant

Ensuite, c’est vraiment encombrant, quand je sors mes chiens, j’ai toujours envie d’avoir les mains libres, ce qui m’arrive rarement car il faut bien héberger le trousseau de clefs, les mouchoirs, de quoi écrire, des sachets défections, un opinel, des petits sacs en toile au cas où il y aurait quelque chose à cueillir ou ramasser, mais le poids d’un portable en plus dans mon petit sac en bandoulière, ah non alors ! Trop, c’est trop.

 

 J’ai tout de même expérimenté !

Ce qui ne m’a pas empêché de m’en faire donner un temporairement par mon ami il y a vingt ans de cela lorsqu’il était en voyage pour son boulot ou que moi j’étais sur la route, faisant la navette entre le nord, où j’habitais encore, et le sud de l’Allemagne, où il habitait. Au cas où … (justement, comme les petits sacs en toile qui se sont révélés plus d’une fois indispensables). Sauf que le mobile, au moment de m’en servir, je ne savais déjà plus comment il fonctionnait et que la facture s’est révélée salée !

Et que lui ne l’est pas, indispensable, bien que ce soit ce dont on veut nous persuader.

Avec, à mon avis, des arguments plus ou moins bidons. Ce portable est donc retourné chez son propriétaire illico presto et je ne l’ai jamais regretté.

 

 La question …

C’est vrai qu’on me demande souvent mon numéro et que lorsque je donne le fixe, on rajoute : Et le portable ? Je n’en ai pas. Ah. Point.

Bizarrement, il me semble que l’étonnement se soit plutôt dissipé au fil des ans car j’ai l’impression qu’auparavant, les commentaires plus que surpris étaient de mise : Mais comment tu fais ? Et pour ton travail ? Et quand on veut te joindre ? Je ne sais pas comment tu fais, moi, je ne pourrais plus m’en passer !

Comment je fais ? Ben, comme j’ai toujours fait. Je téléphone de la maison, je reçois des coups de fil auxquels je réponds, je poste des lettres et bien entendu, l’ordinateur est passé par-là avec son cortège de mails, il a bien fallu que je m’y fasse et lui, je dois dire qu’il me manquerait si je ne l’avais plus. Quoique… avec le temps, un jour sans l’allumer, c’est devenu pour moi synonyme de luxe, de GRAND luxe. Mais je ne suis pas branchée sur la WiFi. En revanche, ce qui me tue, c’est le fait de ne pas pouvoir participer à des locations simples comme un autopartage, un vélo de la ville, tout ceci parce que je n’ai pas de portable, c’est délirant !

On restreint le rayon d’activité des gens selon qu’ils ont ou non un portable et cela ne fait réfléchir personne ?

Quand on sera passé au tout numérique, c’est sûr que je vais le ressentir. Mais pourquoi ne peut-on plus avoir le choix ?! Et ça, c’est déjà le début de la dictature !

À quoi sert-il ?!

Ensuite, voyant l’usage “idiot” que les gens en faisaient, je me suis dit que je n’allais pas tomber dans ce piège…

être disponible à tout moment, sous le couvert du côté pratique, c’est la porte ouverte à bien des exactions du genre optimisation de l’esclavage moderne.

Ou alors au beau milieu d’un magasin raconter qu’on est devant un rayonnage et qu’on ne sait pas quoi prendre pour le dîner, où est l’intérêt ?? L’inspiration doit-elle venir de l’autre côté de l’appareil ? Y’a encore des nouilles à la maison ? Et pourquoi je n’ai pas regardé avant de partir ? Et les repas en tête-à-tête interrompus par une implacable sonnerie, une intrusion réduisant la communication comme peau de chagrin, c’est plutôt triste, non ?

 

Dans le train

Ces conversations futiles, parfois intimes, menées au vu et au su de tout le monde, ont fini par m’exaspérer, surtout que les gens ont la forte tendance à hausser le ton comme si tout le monde devait vraiment pouvoir en profiter. Si bien qu’au début, je disais souvent lorsque j’étais assise dans les transports publics à côté de quelqu’un qui racontait sa vie dans son portable : « Et surtout, dites-lui bien le bonjour de ma part ! » Le regard furtif dans ma direction était interloqué, souvent ponctué d’un silence hésitant et généralement suivi d’une retraite battue à la hâte de la personne qui ramassait ses affaires et s’installait plus loin, bredouillant d’un air gêné dans son portable et me rendant ma tranquillité. Maintenant, c’est foutu, pratiquement tout le monde blablate dans son engin ou a des bouchons dans les oreilles. Parfois, on dirait même qu’ils sont nés avec.

 

Paradoxes

Et puis il faut juste un peu de bon sens et de raison quand on a vu une fois (et une seule fois suffit) un graphique de tous les réseaux satellites qui entourent notre planète d’un maillage serré pour se dire que cela ne doit pas être sans répercussions sur notre vie ici-bas. Il y a le problème des ondes qui sont partout dorénavant, et que la technologie 5G va encore amplifier à outrage. Seulement ça, même des gens intelligents refusent de s’en inquiéter ou refoulent à tout prix, pour ne pas avoir à se séparer de leur « petit outil ô combien pratique » !

Prendre des photos de son jardin et pour cela exposer les abeilles déjà en voie de disparition aux ondes, quel paradoxe éclatant, quel manque d’empathie flagrant !

 

Qui en a vraiment besoin ?

Sommes-nous donc tous et toutes des médecins, des sages-femmes, des gardiens de phare, des pompiers, des psychologues, des ambulanciers, des personnes isolées, des sauveteurs, des infirmières, des réfugié.e.s, pour lesquels je pense que c’est vraiment nécessaire et utile de posséder un portable ? Un portable ne protège même pas du viol une femme qui rentre tard le soir chez elle ! C’est un comble !

 

Qui veut être surveiller 24h/24 au détriment de l’environnement  ?!

Et voulons-nous tous et toutes être sans cesse traqué.e.s, suivis dans nos moindres gestes et déplacements, forcés à payer par portable, à être rendu.e.s dépendant.e.s de cet engin dont les avantages sont de loin dépassés par le prix à payer pour ces soi-disant commodités ? Et puis on oublie vite que toute cette technique ne fonctionne pas par miracle, mais qu’elle coûte aussi de l’énergie, beaucoup d’énergie. On est en droit de se demander si cette énergie voracement consommée serait d’origine providentielle ? Aux frais de l’environnement ?

 

 Pratique, mais indispensable … ?

Bien sûr, c’est pratique pour annoncer qu’on est en retard, qu’il y a un imprévu, qu’une panne, une grève nous met des bâtons dans les roues, pour faire une photo de l’objet du crime, quel qu’il soit. Mais on avait bien vécu sans jusqu’à présent, non ? Est-ce une raison valable pour s’en passer, demanderont les incrédules ou les mordus. Et je répondrais sans hésiter : OUI !! Quitte à en déplaire aux minimalistes qui réduiraient leur vie à ce seul appareil, si on leur laissait le choix.

Donner à de jeunes enfants des portables pour qu’ils passent leur temps sur des applis qui les rendront myopes à force fixer les écrans, qui diminueront les capacités de leur cerveau, franchement, n’est-ce pas d’une violence inouïe qui frôle les blessures par imprudence !

 Le mot de la fin

Tout ce qui tourne autour du portable et des développements est au fond un modèle de vie que nous vend Silicone Valley. Va-t-on finir par nous forcer à toutes et tous utiliser un portable ? Pour le bien de toutes et tous, cf. nudges ? Pour surveiller le corona par exemple ? Et moi qui n’en veux pas, je ferai quoi ? Qui résistera avec moi ? C’est donc une petite consolation de voir que l’opposition vient également des Etats-Unis ! Quelle bonne idée d’avoir pris le relais, merci ! Quoique ce soit un peu contradictoire de ne pas vouloir avoir de portable et de faire campagne contre sur Internet : la différence d’addiction entre portable et ordinateur n’est pas très grande finalement !

 

Voilà les raisons qui font que je n’en veux pas de ce maudit portable. L’avenir dira si j’aurai à le regretter.

 

Laurence